Bonjour et merci pour cette série d'articles qui apporte un éclairage très intéressant sur les 5 sens.
Je voudrais vous faire part de mon expérience personnelle. Je suis malentendant de naissance, pas sourd heureusement car cela m'a permi à la fois d'avoir une élocution normale et aussi une intégration relationnelle, même si parfois faussée. Ma surdité s'est rapidement aggravée, et à la fin de mon adolescence, elle était qualifiée de très sévère. J'ai attendu l'âge de 35 ans pour que la technologie me permette de retrouver une audition tout à fait relative. Mais ces " béquilles auditives" ne m'ont jamais donné la possibilité d'intégrer des sons que je n'avais jamais entendus. Encore aujourd'hui, je ne fais pas la différence entre un bébé qui pleure ou une porte qui grince (LOL).
Tu décris chaque sens séparément en leur donnant une spécificité neurologique et constructive dans notre façon d'appréhender le monde. Je comprend parfaitement ta démarche de médecin, mais je crois que les isoler fausse un peu le débat ( en toute humilité).
Lorsque je parleà un ami, j'essaie d'être face à lui car j'utilise le langage labial ( Même ne serait-ce qu'à 10% comme une confirmation). Le toucher, dont j'ai fais mon métier, (kiné-Ostéopathe) est très riche d'enseignement, il en est même la base,mais reste très limité s'il n'est pas associé à l'anamnèse, à l'odorat et à mon regard sur le patient.
Un éclair furtif dans un ciel nocturne, s'il ne s'accompagne pas du grondement du tonnerre sera difficilement interpréter.
Pour moi, chaque sens n'est que la transcription d'une même stimulation dans des circuits différents. C'est l'assemblage, la synthèse de ces circuits qui construit ma perception. Et ce "tout" reste entier, quelque soit la part de chacun des sens.
Ce texte me parle directement, probablement parce que je passe mes journées à manipuler du temps sous forme de son.
Je suis monteur sonore pour la télé et le cinéma, et ce que tu décris sur la pensée auditive, je le vois littéralement se produire dans la salle de montage. Une image peut exister presque instantanément. Mais un son… un son n’existe jamais seul. Il existe toujours dans un avant, un après, une durée.
C’est un métier un peu étrange, parce qu’on finit par avoir l’impression que certaines idées ne deviennent intelligibles que lorsqu’elles sont rythmées correctement.
Le son sert littéralement à hacker la perception du spectateur. Écouter un film d’horreur sans son, ça ne fait pas peur.
Le son, dans mon domaine, arrive tout le temps à la toute fin, comme le glaçage sur un gâteau. Et parfois, soyons honnêtes, il peut littéralement sauver un gâteau moyen en le déguisant un peu.
Merci beaucoup pour ce témoignage extrêmement éclairant. Ton exemple illustre presque parfaitement ce que j’essayais d’exprimer. Le son n’existe jamais comme un objet isolé mais existe toujours dans une durée, une tension entre un avant et un après. Là où l’image se donne d’un seul coup, le son se déploie.
Ce que tu décris sur le montage sonore est particulièrement intéressant, parce qu’il montre que la pensée auditive est profondément rythmique. Une idée peut être compréhensible visuellement, mais elle ne devient vraiment sensible, presque viscérale, que lorsqu’elle est inscrite dans le bon tempo.
Et ta remarque sur le fait que le son « hacke » la perception est très juste. On pourrait presque dire qu’il agit directement sur les attentes du cerveau. Le rythme, la montée, le silence, la résolution, tout cela guide l’interprétation bien avant que la pensée consciente n’intervienne.
C’est probablement pour cela que le son arrive souvent à la fin dans la fabrication d’un film. Il ne construit pas seulement la scène mais en règle la respiration. Et comme tu le dis très bien, parfois une respiration bien trouvée peut transformer complètement ce que l’on croyait voir.
Merci encore pour ce regard depuis la salle de montage, c’est une perspective précieuse pour ce sujet.
La perte de l’audition isole profondément le sujet. L’ouïe est peut-être le sens qui nous relie le plus directement à la présence du monde : voix, mouvements, événements autour de nous. Là où la vision montre les formes, l’audition révèle la vie de l’environnement.
C’est une remarque très juste. L’audition est probablement l’un des sens qui nous relie le plus directement à la présence vivante du monde. Un paysage peut être vu comme une image presque immobile, mais dès qu’on y ajoute le son, il devient immédiatement habité : des voix, des pas, un vent, un mouvement. Le son introduit la temporalité et, avec elle, une forme de vie.
Ce qui est fascinant, c’est que le cerveau semble avoir besoin de ce fond sonore minimal pour maintenir une certaine stabilité perceptive. Dans certaines chambres anéchoïques (salles conçues pour absorber presque entièrement les sons) des personnes commencent à percevoir leurs propres bruits internes : battements cardiaques, flux sanguins, mouvements articulaires… et au bout d’un certain temps, des phénomènes perceptifs plus étranges peuvent apparaître. Le cerveau, privé de stimulation auditive, semble tenter de combler ce silence.
Ce phénomène rappelle que la perception n’est jamais simplement passive : elle est aussi une activité prédictive du cerveau.
On retrouve quelque chose de similaire dans la loi de Yerkes-Dodson, qui montre qu’un certain niveau de stimulation est nécessaire pour maintenir une performance cognitive optimale. Trop peu de stimulation peut faire chuter l’attention, tout autant qu’un excès. C’est peut-être pour cette raison que certaines personnes (notamment dans les profils TDAH ou plus largement neuroatypiques) trouvent parfois plus de concentration dans un environnement légèrement stimulé : une musique de fond, un rythme, un bruit ambiant. Ce supplément sensoriel semble parfois aider le cerveau à stabiliser son niveau d’engagement.
L’audition ne nous relie pas seulement aux autres, elle nous maintient aussi dans une forme d’équilibre dynamique avec notre environnement. Le silence absolu, paradoxalement, peut devenir l’un des milieux perceptifs les plus instables qui soient.
Thank you very much for your kind words and I’m really glad it resonated with you.
Your work on inner speech and imagery touches exactly the territory I’m trying to explore in this series: the idea that our forms of thinking are not abstract in origin, but deeply shaped by the sensory architectures through which we experience the world.
Vision tends to spatialize thought, while audition seems to structure it temporally (through rhythm, sequence, and the unfolding of meaning). Inner speech may be one of the most fascinating examples of this auditory structuring of cognition.
I’m very curious to read your texts more carefully. These phenomenological descriptions seem to point toward the same question from another angle : how perception quietly scaffolds the architecture of thought itself.
Thank you again for the connection, I’m looking forward to exploring your work.
Fantastique texte, qui résonne particulièrement avec ma propre expérience du son et de sa capacité à créer le lien, avec moi même et les autres. Je trouve votre serie remarquable pour l'effort mis à etudier précisément ces sens qui, encore plus aujourd'hui, nous transmettent une information sensible sur notre rapport au monde. Façon de reprendre le contact avec le monde physique vs numérique/IA.
Bonjour et merci pour cette série d'articles qui apporte un éclairage très intéressant sur les 5 sens.
Je voudrais vous faire part de mon expérience personnelle. Je suis malentendant de naissance, pas sourd heureusement car cela m'a permi à la fois d'avoir une élocution normale et aussi une intégration relationnelle, même si parfois faussée. Ma surdité s'est rapidement aggravée, et à la fin de mon adolescence, elle était qualifiée de très sévère. J'ai attendu l'âge de 35 ans pour que la technologie me permette de retrouver une audition tout à fait relative. Mais ces " béquilles auditives" ne m'ont jamais donné la possibilité d'intégrer des sons que je n'avais jamais entendus. Encore aujourd'hui, je ne fais pas la différence entre un bébé qui pleure ou une porte qui grince (LOL).
Tu décris chaque sens séparément en leur donnant une spécificité neurologique et constructive dans notre façon d'appréhender le monde. Je comprend parfaitement ta démarche de médecin, mais je crois que les isoler fausse un peu le débat ( en toute humilité).
Lorsque je parleà un ami, j'essaie d'être face à lui car j'utilise le langage labial ( Même ne serait-ce qu'à 10% comme une confirmation). Le toucher, dont j'ai fais mon métier, (kiné-Ostéopathe) est très riche d'enseignement, il en est même la base,mais reste très limité s'il n'est pas associé à l'anamnèse, à l'odorat et à mon regard sur le patient.
Un éclair furtif dans un ciel nocturne, s'il ne s'accompagne pas du grondement du tonnerre sera difficilement interpréter.
Pour moi, chaque sens n'est que la transcription d'une même stimulation dans des circuits différents. C'est l'assemblage, la synthèse de ces circuits qui construit ma perception. Et ce "tout" reste entier, quelque soit la part de chacun des sens.
Merci encore pour ton partage.
Mon très cher ami,
Tu anticipes un des articles qui sera la synthèse du développement de cette série, et cela ne m’étonne absolument pas du fait de ta clairvoyance 😉
Il en reste au moins 4!
Ce texte me parle directement, probablement parce que je passe mes journées à manipuler du temps sous forme de son.
Je suis monteur sonore pour la télé et le cinéma, et ce que tu décris sur la pensée auditive, je le vois littéralement se produire dans la salle de montage. Une image peut exister presque instantanément. Mais un son… un son n’existe jamais seul. Il existe toujours dans un avant, un après, une durée.
C’est un métier un peu étrange, parce qu’on finit par avoir l’impression que certaines idées ne deviennent intelligibles que lorsqu’elles sont rythmées correctement.
Le son sert littéralement à hacker la perception du spectateur. Écouter un film d’horreur sans son, ça ne fait pas peur.
Le son, dans mon domaine, arrive tout le temps à la toute fin, comme le glaçage sur un gâteau. Et parfois, soyons honnêtes, il peut littéralement sauver un gâteau moyen en le déguisant un peu.
Bref, merci pour ça.
Merci beaucoup pour ce témoignage extrêmement éclairant. Ton exemple illustre presque parfaitement ce que j’essayais d’exprimer. Le son n’existe jamais comme un objet isolé mais existe toujours dans une durée, une tension entre un avant et un après. Là où l’image se donne d’un seul coup, le son se déploie.
Ce que tu décris sur le montage sonore est particulièrement intéressant, parce qu’il montre que la pensée auditive est profondément rythmique. Une idée peut être compréhensible visuellement, mais elle ne devient vraiment sensible, presque viscérale, que lorsqu’elle est inscrite dans le bon tempo.
Et ta remarque sur le fait que le son « hacke » la perception est très juste. On pourrait presque dire qu’il agit directement sur les attentes du cerveau. Le rythme, la montée, le silence, la résolution, tout cela guide l’interprétation bien avant que la pensée consciente n’intervienne.
C’est probablement pour cela que le son arrive souvent à la fin dans la fabrication d’un film. Il ne construit pas seulement la scène mais en règle la respiration. Et comme tu le dis très bien, parfois une respiration bien trouvée peut transformer complètement ce que l’on croyait voir.
Merci encore pour ce regard depuis la salle de montage, c’est une perspective précieuse pour ce sujet.
La perte de l’audition isole profondément le sujet. L’ouïe est peut-être le sens qui nous relie le plus directement à la présence du monde : voix, mouvements, événements autour de nous. Là où la vision montre les formes, l’audition révèle la vie de l’environnement.
C’est une remarque très juste. L’audition est probablement l’un des sens qui nous relie le plus directement à la présence vivante du monde. Un paysage peut être vu comme une image presque immobile, mais dès qu’on y ajoute le son, il devient immédiatement habité : des voix, des pas, un vent, un mouvement. Le son introduit la temporalité et, avec elle, une forme de vie.
Ce qui est fascinant, c’est que le cerveau semble avoir besoin de ce fond sonore minimal pour maintenir une certaine stabilité perceptive. Dans certaines chambres anéchoïques (salles conçues pour absorber presque entièrement les sons) des personnes commencent à percevoir leurs propres bruits internes : battements cardiaques, flux sanguins, mouvements articulaires… et au bout d’un certain temps, des phénomènes perceptifs plus étranges peuvent apparaître. Le cerveau, privé de stimulation auditive, semble tenter de combler ce silence.
Ce phénomène rappelle que la perception n’est jamais simplement passive : elle est aussi une activité prédictive du cerveau.
On retrouve quelque chose de similaire dans la loi de Yerkes-Dodson, qui montre qu’un certain niveau de stimulation est nécessaire pour maintenir une performance cognitive optimale. Trop peu de stimulation peut faire chuter l’attention, tout autant qu’un excès. C’est peut-être pour cette raison que certaines personnes (notamment dans les profils TDAH ou plus largement neuroatypiques) trouvent parfois plus de concentration dans un environnement légèrement stimulé : une musique de fond, un rythme, un bruit ambiant. Ce supplément sensoriel semble parfois aider le cerveau à stabiliser son niveau d’engagement.
L’audition ne nous relie pas seulement aux autres, elle nous maintient aussi dans une forme d’équilibre dynamique avec notre environnement. Le silence absolu, paradoxalement, peut devenir l’un des milieux perceptifs les plus instables qui soient.
Wow, very good! It really resonates with my text on inner speech ( https://substack.com/@phenomenologicaldescriptions/p-184869039 ) and imagery ( https://substack.com/@phenomenologicaldescriptions/p-185064055 ). I loved it! Now I’m going to read your text about vision!
Thank you very much for your kind words and I’m really glad it resonated with you.
Your work on inner speech and imagery touches exactly the territory I’m trying to explore in this series: the idea that our forms of thinking are not abstract in origin, but deeply shaped by the sensory architectures through which we experience the world.
Vision tends to spatialize thought, while audition seems to structure it temporally (through rhythm, sequence, and the unfolding of meaning). Inner speech may be one of the most fascinating examples of this auditory structuring of cognition.
I’m very curious to read your texts more carefully. These phenomenological descriptions seem to point toward the same question from another angle : how perception quietly scaffolds the architecture of thought itself.
Thank you again for the connection, I’m looking forward to exploring your work.
Fantastique texte, qui résonne particulièrement avec ma propre expérience du son et de sa capacité à créer le lien, avec moi même et les autres. Je trouve votre serie remarquable pour l'effort mis à etudier précisément ces sens qui, encore plus aujourd'hui, nous transmettent une information sensible sur notre rapport au monde. Façon de reprendre le contact avec le monde physique vs numérique/IA.